Ramy Zein : La Levée des couleurs


Ramy Zein

Les premières lignes du roman

C’est un vieux chêne situé au bout du jardin, rescapé de la forêt qui couvrait jadis le plateau de Yarcoub dont on retrouve encore quelques vestiges isolés : une haie de frênes au bord d’une terrasse, un platane coincé entre les ruines du pressoir et la maison des Hjaili, un bosquet de caroubiers en contrebas de l’église où les femmes du village suspendent des ex-voto pour rendre grâce à Mar Mtanios, saint patron de Yarcoub et des environs. Dès qu’elle le peut, Siham grimpe au sommet de l’arbre et passe de longs moments perchée là-haut, les cuisses serrées sur une branche, le regard perdu entre la montagne et l’azur.

Un article de L’Orient littéraire d’octobre 2011

Par Hala Moughani

Il est des livres comme des murmures. La Levée des couleurs de Ramy Zein fait partie de ces œuvres rares, discrètes, presque muettes, où l’écriture fait revivre l’angoisse des autres, leur vie intérieure, celle que l’on imagine ou que l’on pressent parce qu’on devine qu’elle aurait pu être la nôtre. Cette vie, c’est celle de Siham, jeune fille vivant dans le Liban des années 80, adolescente tranquille évoluant dans un cocon familial serein, habitant à Yarcoub, village perché sur les hauteurs de la montagne libanaise. Tranquille était la vie de Siham donc, jusqu’au jour où elle assiste au massacre des siens, moment terrible et fondateur, et dont ne réchapperont qu’elle et son jeune frère, Karim. Elle, qui ne faisait pas partie de la guerre, se retrouve brutalement envahie par elle. Lire la suite…

Extrait d’un article de Katia Haddad à paraître dans le n°85 de la revue Travaux et jours

- avec l’aimable autorisation de Travaux et jours -

Voici qu’enfin Zein ose aborder de front ce qu’il semblait s’acharner à contourner : les premières pages de son troisième roman, La Levée des couleurs (Arléa, 2011) constituent à elles seules un exceptionnel moment littéraire. Siham l’héroïne y assiste, perchée sur un arbre, au massacre de sa famille, à l’égorgement de sa sœur puis de sa mère, dont on découvre par la suite qu’elle a d’abord été violée. Les phrases réduites à l’essentiel, la restriction du champ visuel, comme dans les films d’horreur, au seul point de vue de la fillette perchée sur son arbre, obligée de se cacher pour ne pas subir le même sort que le reste de la famille, devinant ce qui se passe par les sons plus que par la vue, obligent le lecteur à revivre l’horreur, la douleur, mais aussi la lâcheté qui l’ont accompagné tout au long des années de guerre civile. Le reste du roman tend tout entier vers le fatal face-à-face qui permettra à Siham, des années plus tard, de regarder enfin dans les yeux l’auteur du massacre.

En somme, bien qu’il s’agisse d’un roman, La Levée des couleurs bénéficie aussi, comme le Visage retrouvé de Wajdi Mouawad, de la structure et de la puissance de la tragédie antique, et, peut-être, de son pouvoir cathartique.

L’auteur sera présent au Salon du livre de Beyrouth, au Biel, le samedi 29 octobre 2011 et rencontrera les élèves du Prix littéraire à la salle Gibran de 13h à 14h30.

Responses

  1. Un très beau roman qui pousse les lecteurs à continuer la lecture jusqu’au bout….Le lecteur peut sentir l’angoisse de Siham,revivre son horreur. Je vous recommande vivement la lecture de ce magnifique roman.

  2. Un merveilleux roman. Chapeau bas.

  3. Une magnifique histoire racontee avec brio.


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