Témoignage de Madeleine Thomas


 

Je me rappelle avec beaucoup de précision la première fois où j’ai entendu parler du Prix Littéraire. J’étais en 3e et ma première réaction avait été plutôt négative; je n’y voyais, comme beaucoup de gens, qu’une perte de temps et n’envisageais pas vraiment que les « débats » puissent avoir de l’intérêt. A y repenser aujourd’hui, je me demande comment j’ai pu être aussi ridicule… C’est en seconde que j’ai décidé d’y participer pour la première fois, sous la pression, et en me plaignant beaucoup. Il m’a suffi d’une seule réunion pour comprendre que je m’engageais dans quelque chose d’incroyable.

Cela doit faire deux jours que le débat final de cette édition 2009 a eu lieu et je prends petit à petit conscience que c’est bien ma dernière année, que je ne participerai plus à un autre Prix Littéraire des lycéens, et c’est certainement la chose qui me manquera le plus… En trois ans, j’ai eu la chance de le voir s’agrandir, de voir de plus en plus de gens s’enthousiasmer pour cet événement, jusqu’à dépasser les limites du Grand Lycée et je me rends compte aujourd’hui de la dimension affective qu’il a pris pour moi.

Beaucoup de gens m’ont demandé ce que l’on gagnait à un prix littéraire et se voyaient choqués lorsque je leur répondais que l’on ne gagnait « rien ». Je me rends compte que cette réponse n’était pas la bonne. Quel est l’intérêt d’un prix où l’on ne peut pas gagner? Il est immense.

Si je m’étais retrouvée en compétition avec d’autres élèves, je n’aurais rien compris. Je n’aurais rien retiré de ma participation, parce que l’élément qui fait toute la valeur de ce Prix, c’est le partage. Et il me semble évident que la littérature n’a de sens qui si elle se vit avec les autres.

Ce sont les autres élèves que j’ai pu rencontrer et avec qui j’ai pu débattre qui ont été ma plus grande découverte. Des gens avec qui je n’aurais peut-être jamais parlé si je les avais rencontrés ailleurs, dans une cour de lycée. Je n’aurais peut-être même jamais su qu’ils aimaient lire et plus encore, qu’ils étaient capables d’en parler comme ils l’ont fait.

Les deux premiers jurys auxquels j’ai participé ont été une expérience incroyable, tant on redécouvre les oeuvres quand on les voit à travers les yeux de quelqu’un, tant on les apprécie encore plus quand d’autres les ont détestés… Mais c’est surtout le dernier qui m’a le plus marqué et pas uniquement parce que j’ai eu l’honneur de le présider. C’était la première fois que nous étions confrontés à des élèves extérieurs à notre école, de parfaits inconnus dont nous ne savions rien, si ce n’est qu’ils avaient lu les mêmes livres que nous. Je n’avais jamais envisagé que cela puisse se dérouler de manière aussi impressionnante et je ne peux qu’admirer la valeur des camarades qui m’ont accompagnée ce jour-là.

Je n’ai jamais vu réuni dans un seul et même endroit autant d’écoute, d’échange, d’intelligence et de réflexion, de finesse et d’amour pour la littérature. Et de respect aussi… Tellement de respect pour l’autre. J’ai redécouvert ces livres en en parlant avec des gens qui n’ont ni mon âge, ni mes goûts, ni les mêmes opinions. Et c’est cette différence qui donne toute sa valeur à ce prix.

C’est quelque chose qui vous fait relativiser toutes les caricatures faciles de la jeunesse, de la culture et du monde en général, qui vous réconcilie avec la gratuité et le plaisir d’être avec les autres.

Je ne remercierais jamais assez ceux qui ont rendu cela possible, que ce soit nos professeurs, nos lycées et la Libraire Antoine pour nous avoir fourni ce qui nous a tous réunis: nos livres. J’ai rencontré des auteurs incroyables, des gens exceptionnels à qui je suis redevable pour la richesse et l’ouverture d’esprit qu’ils m’ont apporté, qu’ils apportent à tous ceux qui croisent leur chemin. Je ne peux qu’espérer que ce Prix continuera, qu’il grandira et que je reviendrai peut-être un jour fêter ses 10 ans, ici, à Beyrouth. Je ne peux qu’espérer que d’autres, comme moi, y découvrent, y redécouvrent ou y perpétuent l’amour de la lecture.

Aujourd’hui, parce que ce 3 Avril 2009 est une journée que je n’oublierai pas, je tiens à remercier tous ceux qui ont participé à ce débat, en particulier Marie-José Ghorra, Marie Thomas : Laura, Andréa, Rayan, Mayssam, Karim, Marie-Ange, Aymeric, Ghadi, Marie-Sophie, Eugénie et Cynthia. Parce qu’ils m’ont impressionnée par leurs qualités et leur intelligence, parce que je suis honorée qu’il ait été « mon » jury et que je leur souhaite d’être un jour, à leur tour, présidente ou président, pour vivre ce que j’ai pu vivre grâce à eux. Je souhaite au Liban et au reste du monde, que des gens comme eux continuent à lire et à débattre et que ce Prix Littéraire continue.

Parce qu’il est cet « autre regard » sur le monde, sur la littérature et sur les autres, ce formidable message d’espoir pour l’avenir, et qu’il vous rend heureux, tout simplement.

Merci à eux…

 

Madeleine Thomas,

Terminale L GLFL

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